Sortir de la guerre rêvée par Joe Biden

Sortant de la dimension moralisante sur la transgression objective au Droit international et à toute une brochette de principes basiques que représente l’invasion d’un état souverain, reste deux questions essentielles : quel objectif poursuit Vladimir Poutine, dans ce qui s’apparente à une gigantesque erreur politique, sans doute définitive ? L’autre, plus urgente, comment sortir de cette situation, en résistant aux appels à poursuivre l’escalade, appels provenant de parties non exposées aux risques ? Alternativement, comment en est-on arrivé-là ?

Il y a encore dix jours, Une mission russe, d’imposition de la paix, circonscrite à la région du Donbass, pouvait se comprendre au regard des exactions commises depuis 2014 à l’égard des populations russophones et de l’inaction de la communauté internationale. Crimes documentés par la Mission de Monitoring des Droits de l’Homme des Nations Unies pour l’Ukraine, (HRMMU)[1]. Pouvait se comprendre, par qui accepte qu’il puisse y avoir des doléances, autres que celles de la narrative imposée par Joe Biden et des médias qui l’ont porté au pouvoir. Mais ceci, est une toute autre réalité.

S’il est difficile de voyager dans la tête de Poutine et de comprendre sa décision de franchir le Rubicon, le Dniepr en l’occurrence, il n’en reste pas moins quelques pistes. Il est en fait, qu’en vingt ans d’exercice du pouvoir, il n’a jamais commis d’actes intempestifs. Aussi impopulaire que cela ait résulté, depuis une certaine perspective occidentale, aujourd’hui majoritaire, il a toujours assumé ses décisions en rupture diaphane avec les aventures vendues comme opération d’instauration de la démocratie et de changement de régime. Celle des Printemps Arabes, du financement de groupes djihadistes ultra violents dans la zone du Sham, voire, avant même, l’épisode abscond d’invasion de l’Irak pour déterrer des armes de destruction massive demeurées introuvables. Faisant mémoire, la détestation de Poutine trouve sa genèse dans sa gestion de la seconde guerre tchéchène, lorsque la presse occidentale regardait avec les yeux de Chimène des preneurs d’otages, égorgeurs et proxénètes. Une politique assumée.

En général, Poutine n’a jamais fait état de complaisance avec toutes ces campagnes. Il a redonné à la Russie post soviétique, une politique étrangère indépendante, à contrepied des aventures occidentales. S’il est un personnage qui se soit maintenu dans les habits d’un président autoritaire, parfois borderline, au regard des standards démocratiques, il n’a pas pour autant pris le train de l’autoritarisme woke d’occident et demeure de ce point de vue-là, une sorte de havre de bon sens.

Attitude de rutpure

Mais là, il s’est comporté d’une toute autre façon. Il a surpris tous les experts, de quelque côté que penche leur sens de la légitimité. Celui qui prétend le contraire ment. Les annonces d’invasion de l’Ukraine de la part de Joe Biden, en marquant des jours de la semaine spécifiques, ne faisaient pas partie du prévisible. Ça faisait partie de la propagande. La réalité est que personne ne s’attendait à ce qu’il le fasse vraiment. Il est connu pour dire dit ce qu’il fait et ce qu’il ne fait pas. Et il n’avait cessé de proclamer lui et Serguei Lavrov, qu’envoyer des troupes russes en Ukraine ne faisait pas partie de leur feuille de route. Par Ukraine, il faut comprendre, depuis une perspective russe, le territoire hors républiques autoproclamées de Donetsk et Lugansk, nées de la non-application du Protocole de Minsk et de l’obligation de leur reconnaitre, depuis 2014, un statut spécial.

Une explication plus psychologique que politique serait que, prenant état du climat de démonisation de la Russie, Vladimir Poutine se serait acquis à l’idée qu’il n’y avait plus aucun espoir de faire entendre, ne serait-ce qu’une partie de ses arguments. Il aurait alors brisé les dernières amarres qui le reliaient à la narrative occidentale. Dans un contexte, définitivement vérolé par la propagande et son corollaire la censure, rien qui ne viennent alimenter la légende noire russe et ses tropismes n’a accès au débat public. D’ailleurs les médias qui soutiennent des points de vue divergents sont censuré les uns après les autres. Parfois, comme dans le cas de la chaîne RT, la censure s’opère par oukaze de fonctionnaires hors cadre de légitimité démocratique. Telle Ursula von der Leyen, laquelle depuis deux ans, prend de plus en plus de libertés avec la souveraineté des états membres. Mais elle le fait au nom de la démocratie. Pour dire les choses simplement, l’empathie même partielle avec les arguments russes est perçue comme le fait d’extrémistes. Même pendant la guerre froide, la censure en Occident n’a jamais existé. Un chercheur, un journaliste, devrait pouvoir consulter toutes les sources s’il le souhaite. Il en va de même pour les cityoyens.

Au delà de l’impossibilité d’atteindre une forme de neutralité, il y a peut-être aussi un sentiment d’ingratitude et d’incompréhension. Sans la proposition de Vladimir Poutine de procéder à une destruction contrôlée de l’arsenal chimique syrien en 2013, Barack Obama et son Secrétaire d’Etat, John Kerry auraient permis que ces vraies armes de destruction massive tombent dans les mains de terroristes bien réels. L’histoire serait différente aujourd’hui. Un exemple parmi d’autres. N’en déplaise à la gauche woke installée partout, nous devons à la Russie récente, un peu plus qu’à cette Ukraine qui sait si bien se vendre.

Il est une entéléchie d’Ukraine européenne, atlantiste, bien qu’elle ne soit intervenue dans aucune des situations qui fassent à la sécurité des nations atlantiques, « normale », « centrale », « moderne », versus une satrapie russe, nostalgique de l’Union Soviétique

La représentation de la Russie et de l’Ukraine, repose sur une vision binaire propre aux jeux de guerre. Il est une entéléchie d’Ukraine européenne, atlantiste, bien qu’elle ne soit intervenue dans aucune des situations qui fassent à la sécurité des nations atlantiques, «normale», «centrale», «moderne», versus une satrapie russe, nostalgique de l’Union Soviétique. Alors même que les indicateurs tel que Transparency International, sans parler des fichiers d’Interpol, décrivent la nation présidée par Volodymyr Zelenski, comme une des nations les plus corrompues du monde, dont les méthodes de torture des forces de l’ordre, si l’on en croit les rapports du HRMMU, seraient ceux du terrorisme d’état.

On a du mal à reconnaitre dans le portrait qui est fait de l’Ukraine dans les grands médias occidentaux, la nation présidée par des personnages tous plus imprésentables les uns que les autres. Avant, comme après Maiden. De Leonid Kouchma on retient les hommes d’affaires véreux de son entourage, ensuite transférés à Julia Timochenko. Des personnages de la pègre qui ont grandement occupé et préoccupé les services judiciaires occidentaux, tels que Pavel Lazarenko. Une star des services judiciaires belge et allemand. Et que dire de Vadim Rabbinovich ! Viktor Yanukovich et ses relations avec du personnel politiquement exposé au plus haut niveau, tel que le fils de Joe Biden, Hunter Biden. Ensuite, après Maiden, le Robespierre ukrainien, le président alors en exercice, Oleksandr Turchinov. Petro Porochenko, champion de la corruption qui défile aujourd’hui dans les rues tel papy fait de résistance, mais pas plus tard qu’en janvier 2022, il a failli être rejeté par les services de migration de son propre pays, car accusé de haute trahison, pour une sombre affaire d’achat de charbon dans la région du Donbass. Le chaos institutionnel, l’absence de service judiciaire indépendant, la confusion entre force de l’ordre et milice, milice et crime organisé, tout cela ne fait pas très label CEE. L’Ukraine est techniquement un Etat failli.

Forcer l’entrée dans l’Europe

Mais il y a toujours ce discours lyrique chez les Ukrainiens. Ce qu’ils font, leur «sacrifice», c’est pour l’Europe. La révolution Orange, les manifestations de la Place Maiden, c’est pour l’Europe. La réalité est qu’il s’agit de guerres claniques de pouvoir, d’instrumentalisation de haines variées et surtout d’opportunisme pour servir des intérêts étrangers ponctuels vis-à-vis de la Russie. Dans les faits, exprimé de manière quelque peu profane, le citoyen européen se fout un tout petit peu de ce «sacrifie». Il n’a rien demandé. Du moins jusqu’à l’invasion. L’invasion est un point d’inflexion. La provocation a fini par mordre et il n’est pas possible de ne pas en prendre acte.

Il y avait deux points très clairs pour éviter la situation présente. Que le protocole de Minsk soit enfin appliqué. Que les tortures infligées aux population russophones cessent. Le deuxième, la non-extension de l’Otan aux frontières de la Fédération russe. Pourquoi revenir vers cet acquis datant de la Perestroïka ? Pour faire oublier les misères de la politique domestique américaine ? Est-il moralement admissible qu’un président sénile, à des milliers de kilomètres, joue avec la sécurité de centaines de millions de personne au risque de créer un conflit international majeur, pour faire oublier, sa sortie humiliante d’Afghanistan ? Même si nous n’allons pas vers cette guerre mondiale, l’Europe industrieuse, se retrouve aux prises avec une guerre économique, celle du gaz. Il faudra d’ailleurs veiller de très près à ce que cette crise ne serve à placer le gaz de schiste américain. Ce sera le travail des citoyens européens de veiller à cela.

La Russie n’est pas les Etats-Unis. Elle ne peut pas se permettre de bombarder par erreur un hôpital

Pour l’instant Vladimir Poutine se trouve dans une sorte de zugzwang. Une situation dans laquelle, quelle que soit le mouvement qu’il opère sur l’échiquier il perd. S’il se retire, il cède le terrain à l’expansion de l’Otan, non pas par intégration de l’Ukraine, mais par cession de terrain et d’influence du jeu de Washington. S’il continue à avancer, il s’expose à des pertes civiles, immanquablement. C’est déjà le cas. Et au pays de la mafia ukranienne, la plus importante de toute les ex républiques soviétiques, des pays occidentaux sont en train de distribuer des armes de manière indiscriminée. La situation peut devenir très vite incontrôlable.

Les troupes russes ont évité, du moins au cours des premiers cinq jours, d’entrer dans les zones urbaines. Mais la Russie n’est pas les Etats-Unis. Elle ne peut pas bombarder par erreur un hôpital comme dans le cas de Kunduz en 2015, sous la présidence d’un prix Nobel de la Paix. Elle ne peut pas davantage bombarder par erreur l’Ambassade de Chine à Belgrade comme l’ont fait les US, ou faire comme l’allié saoudien, encore cette semaine, en totale indifférence, bombarder toujours par erreur, une prison au Yémen et tuer tous les pensionnaires, houthis en majorité. On pourrait continuer. La Russie a perdu la guerre de l’information il y a très longtemps. Elle n’a pas droit à ce genre « d’erreurs ». Ce qui en soit, constitue une sorte de garantie par défaut. Jusqu’à certain point.

Car les probabilités d’un embrasement sont très hautes. Outre les victimes civiles sur le territoire en conflit, comme de coutume, la facture sera payée par l’ensemble des européens, d’une façon ou d’une autre. Il est donc urgent d’éviter de délecter les voyeurs d’Outre Atlantique d’un conflit de cycle long, sur lequel ils bâtiront, bien au chaud, leurs antagonismes partisans. D’emblée ce qui est clair est qu’aucune négociation ne sera possible sans intégrer une dose d’empathie équidistante. Les sanctions ne fonctionnent plus. La Russie ayant été plus sanctionnée quel tous les états voyous du monde réunis. L’effet psychologique et politique se trouve anesthésié.

Le seul espoir repose sur des négociations de sortie de crise et pour cela, la diplomatie de nations émergentes, moins acquise à la narrative CNN va être nécessaire. Le monde est un endroit trop dangereux que pour laisser sa sécurité à ce que nous, occidentaux, sommes devenus, au cours de ce XXIème siècle.

[1] https://www.ohchr.org/Documents/Countries/UA/UkraineArbDetTorture_EN.pdf

Diversion ukrainienne 2.0, du grand pathétique

Entre l’Europe et la Russie, la tresse de Timoshenko



Categorías:Diplomacia, Français

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2 respuestas

  1. Una mirada diferente que nos hace repensar muchas cosas. No es la primera vez que me siento privilegiado por leerte.

  2. Gracias!

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