Diversion ukrainienne 2.0, du grand pathétique

(C) Teresita Dussart

Depuis la ratification du Protocole de Minsk de 2014 et Minsk II, dont les dispositions n’ont jamais été respectées par la partie Ukrainienne, l’obsession totémique à l’égard de ce pays aura semblé, l’intervalle de quelques années, réduit à une vague réminiscence. La mémoire historique tend à être de plus en plus courte. Avant les faits de la place Maidan, l’Ukraine, ne faisait les titres de la presse occidentale qu’en raison de son tropisme mafieux, bien plus enkysté que dans aucune des autres ex-républiques soviétiques. L’oubli de la crise ukrainienne de 2014, se fonde sur le tabou qui pesait il y a encore quelques mois, sur tout ce qui à trait au protagonisme de Hunter Biden, fils de celui qui à l’époque des faits agissait en tant que Vice-Président de Barack Obama.

En 2014, lors des manifestations de la Place Maidan, Hunter jouissait d’un poste de complaisance, dans le cadre de l’entreprise Burisma Holding, appartenant à l’ex président ukranien Viktor Yanukovich. Plutôt paradoxal aunourd’hui.

Comme il ne pouvait en être autrement, cet épisode de prévarication avait abondamment été exploité par Donald Trump au cours de sa dernière campagne. Il s’ensuivit que les réseaux sociaux censurèrent toute référence au protagonisme de Hunter en Ukraine. Encore aujourd’hui l’évoquer peut valoir la fermeture définitive du compte de qui s’y oserait. La référence à ce chapitre de corruption au plus haut niveau étant assimilé à de la sédition ou toute autre activité radicale «d’extrême droite».

«Fuck the EU» prophétie autoréalisée

Le pitch que la Russie veut violer la vestale ukrainienne a donc fait son grand retour. A chaque annonce de CNN, du FT, ou du Washington Times d’une invasion russe «imminente», aujourd’hui, demain ou après-demain, s’appuyant selon la formule consacrée, en «des sources d’intelligence», le prix du baril de pétrole franchi un nouveau palier. Les nations européennes faisaient déjà face à un renchérissement parfois à trois chiffres de leur facture énergétiques depuis 2021. Une crise énergétique par ailleurs corrélée à celle de l’augmentation des matières premières, le tout dans le cadre d’un ras le bol dû aux impositions de la narrative covidienne et de tout ce que cela implique sur le plan économique, politique et social.

Cette nouvelle crise, constitue une nouvelle forme de guerre déclarée aux territoires profonds des nations européennes, à ses forces productives. Pour les européens, jouer les pièces rapportées, dans la spirale d’une crise inventée de toute pièce à Washington, autant dire à des milliers de kilomètres, la met en porte à faux avec son principal fournisseur de gas, la Russie. Même si Joe Biden et Ursula von der Layen ont décidé que pour nous que le gaz qatari ferait très bien l’affaire et que les standards démocratiques de cette petite royauté, à leurs yeux infiniment plus vertueuse que la Fédération Russe, justifient pleinement un nouveau choc pétrolier.

Le risque au travers de ces affirmations catégoriques est de perdre ce qui lui reste de patrimoine de crédibilité à l’appareil d’intelligence

C’est d’autant plus de la mauvaise gouvernance que, s’il est un pays qui dépend plus que tout autre de la Russie, c’est l’Ukraine elle-même. Des déclarations de Volodimir Zelenski donnent d’ailleurs à penser que, loin des comptes rendu des médias mainstream occidentaux, l’état d’esprit à Kiev serait plutôt à méditer qu’avec des amis comme ceux-là, il serait plus sage de préférer ses ennemis. En effet, ce retour de la diplomatie hystérique et conspirative sème l’épouvante auprès de ce qui restait de présence et surtout d’inversions étrangères.

Souffler sur les braises d’un conflit ethnocentré, ou une entéléchie ethnique, vanter les mérites du parti néo nazi ukrainien Svoboda, n’avait posé aucun cas de conscience au prix Nobel de la Paix, Barack Obama, en 2014. Pas plus que d’armer les «rebelles» de la filiale d’Al Qaeda en Syrie. Mais à un moment donné il a fallu siffler la fin de la récréation et tourner la page de la diplomatie islamo gauchiste. Ça commençait à être trop voyant. Les conséquences des Printemps Arabes, c’est l’Europe qui les a payées au travers de l’hyperterrorisme de Daesh et ses imitateurs. Et, que dire de la crise de réfugiés de 2015, la plus grave jamais vécue, mettant à mal les frontières orientales et méridionales de l’UE? Pendant ce temps, sur CNN, organe officiel du Parti Démocrate, le ton était aux donneurs de leçon. Les européens étaient méchants, égoïstes, il n’en faisait jamais assez. Alors oui, «fuck the EU», comme aurait dit Victoria Nuland, l’ex Haute Représentante pour les affaires européennes de l’administration de Barack Obama. Cet objectif du moins, a été réussi. Depuis le 5 février 2021, elle est sous-secrétaire d’Etat d’Antony Blinken. Elle est maintenant en communion d’esprit avec Emmanuel Macron.

Ayant fait ses preuves une première fois, il n’y a pas de raison que le mécanisme consistant à crier au loup, ne puisse servir à nouveau. Cette fois, il s’agit de faire oublier, la narrative covidienne et les jacqueries de plus en plus audacieuses, qui viennent briser ce sentiment de large consensus autour de la démagogie de la peur. Le syndrome psychogénique de masse perd de son effet. L’adhésion de l’opinion publique s’effrite. Le fait de sortir de l’état de transe hypocondriaque, expose les conséquences du délirium tremens. Des centaines de millions de nouveaux pauvres dans le monde, abandon scolaire massif, nations hier démocratiques, aujourd’hui dépossédées de toute forme de contre-pouvoir, un panorama sanitaire scabreux, explosion de malades avec pronostic vital engagé du fait de la disparation de la médecine préventive et de la fermeture de lits, sous couvert de crise sanitaire et une fraction substantielle du recensement universel ayant été exposé par leur gouvernement à une expérimentation clinique, sans consentement informé, dont les résultats se donneront à connaître dans les années qui suivent. Ça vaut bien une diversion ukrainienne.

Biden est comme ce Commandant Drago du Désert des Tartares. Il a besoin de cette invasion pour redorer son blason

Mais il n’y a pas que cela à faire oublier. Il est aussi le plus humiliant retrait d’histoire militaire, celui d’Afghanistan. Les forces armées les plus puissantes du monde fuyant de forme désordonnée, face à des gardiens de chèvres pashtoun wahabisés, entrés à Kaboul entre le 10 et le 15 août 2021, comme dans du beurre. Ils n’auront même pas attendu le départ des troupes américaines et de l’OTAN.

Biden est comme ce Commandant Drago du Désert des Tartares. Il a besoin de cette invasion pour redorer son blason. A ceci près que Biden est géographiquement très loin de cet ennemi aspirationnel. Un ancien cadre du mouvement terroriste Montonero argentin, Patricia Bullrich, s’est fait connaître dans les années 70 pour cette expression : «prenons notre courage et allez-y«. C’est un peu la logique de Biden.

Il n’y a aucune autre explication logique à l’obsession ukrainienne. Malgré son indice de corruption, entre les plus hauts du monde selon Transparency International, le pays continue d’être présenté sous un jour aussi euro atlantiste que démocratique. Pourtant la probabilité que ce pays fasse partie de l’Otan est inexistante, pour toute une série de raisons structurelles.

L’administration Biden et la propagande qui l’accompagne, le mauvais journalisme et «ses sources» va devoir s’ajuster à la réalité, si cette semaine, il n’en a rien été de l’invasion annoncée. Le risque incidemment est que l’appareil d’intelligence de la puissance de référence de ce qui était le monde libre, il y a encore 30 ans, soit en train de perdre ce qui lui reste de patrimoine de crédibilité. Entre l’affirmation des armes de destruction massive de Saddam Hussein et la proclamation d’une invasion russe, «mercredi prochain», se ferme une boucle du grotesque. Et en géopolitique, le ridicule tue.

Dans la démonisation de Russie, un détail échappe à l’attention des poliques qui gouvernent l’hémisphère nord. S’ils continuent à dépeindre Vladimir Poutine comme un satrape asiatique, et il y a de cela en lui, ils en oublient qu’il incarne in crescendo une sorte d’icône libéral, oui libéral, pour nombre d’occidentaux qui ont goûté à l’autoritarisme politiquement correct des Trudeau, Macron, Biden et toute une clique de gouvernants, disruptive au regard des standards de démocratie qui font à la sève d’Occident.

Sur le même sujet en 2014 :

Entre l’Europe et la Russie, la tresse de Timoshenko



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