Le wokisme contre la science 

(C)Teresita Dussart Tous droits de propriété intelectuelle et reprocution protégés

La colonisation par la culture woke des enceintes stratégiques de la vie politique, de l’Histoire, de la vie intellectuelle, de la médecine, de l’expression artistique, des initiatives législatives et même de la défense, pour n’en citer que quelques-unes, pose la question du risque d’extinction de la science. En effet, comment peut-on imaginer que la génération actuelle et celles qui suivent, soient capables de contributions substantielles au patrimoine du savoir universel, alors même que les processus mentaux, indispensables à la pensée scientifique, sont déboutés par deux entéléchies qui se rétro alimentent l’une de l’autre, soit le phénomène de l’auto-perception et l’héroïsation de la figure de la victime.

Pour un représentant du wokisme, la seule façon d’initier un projet scientifique consiste à l’adosser à un nouveau Droit, lequel a pour contrepartie des agents démonisés, producteurs de phobies. Des phobies non pas en tant que symptôme subi, mais comme vulnération de Droits de certains groupes, quand bien même les individus pris à part ne se reconnaitraient pas du tout dans ce stéréotype. On est donc transphobe, grossophobe, homophobe etc. Et bien sûr raciste.

Se défendre d’être raciste en déclarant ne pas prendre en considération la couleur de peau, prétendre être né dans un monde où le racisme n’avait pas cours, ne suffit pas. Le colour blind de Martin Luther King étant considéré comme une hérésie par le wokisme. Ce courant d’opinion, car on ne peut le définir comme un courant de pensée, impose, à rebours de ce que préconisait le champion des droits civiques, faire de la race une hyperbole. La couleur étant alors le principal et parfois unique identifiant, forcément victimaire. Il ne s’agit donc pas de pourfendre les détestations arbitraires. Dans l’acception woke, certaines doivent plutôt être exacerbées.

Le wokisme est une autre forme de conversion des minorités en dépossédés et d’exaltation du misérabilisme, telle que l’Occident en produit régulièrement, mais dans une version plus haineuse et ressentie. Il est impératif de comprendre que son champ de profondeur stratégique n’est pas le pouvoir politique qu’il habité déjà, dans l’ensemble des pays occidentaux, mais le savoir. Une de ses figures de proue est Robin di Angelo, une sociologue américaine, blanche elle-même, à qui l’on doit des expressions tel que « privilège blanc », «déblanchisation» et d’autres perles. Elle soutient que » toutes les disciplines académiques sont empreintes de racisme dans la mesure où elles sont le fruit de penseurs blancs». Les personnes noires, critique avec le wokisme, seraient pour elles des Oncle Sam. Dans le wokisme, chacun doit coller au rôle conféré par sa couleur de peau. Un autre aphorisme du même auteur, glané au hasard : «seules les personnes blanches sont racistes» (only white people are racist). C’est tellement énorme qu’il convient de le transcrire dans la version originale. Les pogroms, génocides interethniques en Afrique, Amérique Latine Asie, Moyen Orient, sont ici, nul et non advenu.

La culture woke est allergique à la méthode scientifique. Sa représentation ultra idéologisée de l’histoire et le rôle central qu’elle affecte à l’auto-perception atrophie tout ce qu’elle aborde.

Dans la plupart des grandes universités d’Occident les sanctions disciplinaires pour des choses dites ou des comportement reportés comme offensifs sont devenus monnaie courante, grâce aux concepts semés par la sociologue. Les contenus des curricula sont également retouchés. Les professeurs sont obligés d’inclure dans leur recherche, une grille de lecture DEI (acronyme pour Diversity, Equity, Inclusion). Récemment l’auteur de cet article lisait une thèse sur l’impact de la religion sémite, phénicienne, carthaginoise dans la religion ibère (IVs. à J.C.) dans laquelle l’auteur avait réussi à introduire la «perspective de genre«. Au-delà de la dimension grotesque, le problème est celui du leg de ces thèses disparates. Dans son essai sur l’évolution de la technologie, imitant l’évolution darwinienne, Georges Basalla soutient que la technologie est fille de la technologie. Le savoir lui-même se reproduit du savoir. C’est pourquoi toute censure ou toute falsification provoque un effet papillon sur l’ensemble de l’hémérothèque.

Mais qui pourrait jeter la pierre ? L’autocensure se comprend au regard du climat de terreur. Le phénomène de la cancel culture impacte tant le secteur privé comme public. Au cours de la première semaine d’octobre 2021, David Romps, Directeur du Centre d’Etudes Atmosphérique de Berkeley (BASC) a jeté l’éponge et présenté sa démission face à la décision des autorités du Massachussets Institute of Technology (MIT), consistant à désinviter un confrère, du fait de ses prises de positions, jugées hérétiques, et de la pression d’un groupe d’étudiants se déclarant offensés. Romps avait demandé au BASC d’offrir un auditoire à son collègue. Mais la pression aura finalement été trop forte pour une génération post boomer qui n’a pas été éduquée à considérer le courage et la liberté comme des valeurs consubstantielles.

Au moins un cas de suicide est connu, victime de la cancel culture. Celui de Michael Scott Adams, professeur à l’Université de Caroline du Nord et contributeur de plusieurs publications. Il avait été démis de ses fonctions en raison de ses commentaires ironiques sur les sujets qui fâchent. Il s’est donné la mort le 23 juillet 2020. La culture woke déteste la liberté d’expression. Experte en falsifications de toute sorte elle a monopolisé le concept de fake news. Mais lorsque cela ne suffit pas à détruire le message, elle détruit le messager.

Du côté des étudiants ce n’est pas mieux. Les étudiants conservateurs sont exclus ou victimes de bullying. Les bons éléments peuvent être sacrifiés au nom de la discrimination positive, indépendamment de leur couleur de peau, puisque la discrimination positive en ce XXIe ne cherche pas à rompre l’infâme obstacle racial des années 60, mais à faire entrer des élèves qui ne remplissent pas les critères curriculaires. Sous couvert de bonnes intentions, on devine une subtile détestation de la performance intellectuelle et un vrai racisme.

Face à ces excès, des organisations se sont créés dans le but de monitorer le nombre croissant d’attaques. Elles tentent de rompre le cercle de la peur, de rendre compte de la difficulté d’enseigner et de conduire des investigations dans un environnement où il est interdit de penser en dehors de l’orthodoxie racialiste et de la théorie queer. Parmi ces entités, on distingue la Fondation contre l’intolérance et le racisme (Foundation against intolerance and racism), l’Alliance de la liberté académique (Academic Freedom Alliance) et Counterweight (Contrepoids). Cette dernière s’occupant plus particulièrement du cas du personnel scientifique en souffrance.

Le wokisme déteste la nature. Il se dit écologique et milite contre le réchauffement climatique, mais il ignore les lois de la nature. Car ce n’est pas la même chose d’être écologiste que d’être naturaliste, de défendre la nature contre l’homme que de défendre la nature de l’homme.

Ces comportements discriminatoires dépassent les frontières des Etats-Unis. Le Royaume Uni et la France sont particulièrement contaminés. Exemple en sont les colloques ou camps d’été non blancs. La partie qui arrive à être connue du grand public n’est que la surface de l’iceberg. Les happenings de haine woke sont beaucoup plus installés qu’il n’y parait dans l’Hexagone et sont en passe de devenir la culture dominante.

Le paradigme de la culture woke consiste à brûler des bibliothèques entières de savoir, mais sans les remplacer par un compendium épistémologiquement supérieur. La culture woke est allergique à la méthode scientifique. Sa représentation ultra idéologisée de l’histoire et le rôle central qu’elle affecte à l’auto-perception atrophie tout ce qu’elle aborde. Elle est insensible à la phénoménologie. Inaccessible à la science ou à toute activité intellectuelle exigeant méthode, honnêteté, libre examen. Les pères de la théorie de la connaissance et de tout ce qui se rattache à l’objectivation, à l’observation des phénomènes, depuis Descartes, Kant en passant par Auguste Comte, Thomas Kuhn, Wittgenstein, Karl Popper sont proscrits lorsqu’ils ne sont pas inconnus. S’agissant d’hommes blancs leur apport serait de toute façon sujet à répudiation, accusés d’hétéronomie patriarcale colonialiste.

Le wokisme est une forme terrible de terrorisme intellectuel.

La propension à déboulonner les statues, dans le processus surréel d’un procesus de décolonisation, impose la réécriture de l’histoire. Très souvent ces happenings de déboulonnage viennent combler d’énormes lacunes de culture générale. Ceux qui déboulonne la statue de Christophe Colomb ne pourraient citer deux traits de la vie du Conquérant des Indes, ni de ses relations avec les Rois Catholiques, ni des décrets royaux prix dès le XVe siècle pour protéger les Amérindiens, les maintenir en dehors de la juridiction de l’Inquisition et apprendre leurs langues. Ou pourquoi est-ce que les sanguinaires espagnols, si avides d’or et d’argent, ont parsemé l’Amérique d’universités, depuis le XV siècle, malgré l’hostilité des territoires conquis, malgré le coût des guerres d’Europe au cours des deux dynasties régnantes en Espagne qui succèdent aux Rois Catholiques ? Des Universités d’une splendeur qui n’existait même pas dans la péninsule, où s’est forgé l’esprit d’indépendance et qui pour la plupart sont toujours actives aujourd’hui.

Le wokisme s’en engagé d’une façon quasiment militante dans le cadre de la dystopie sanitaire à faire taire tous les scientifiques apportant au débat une analyse indépendante. Et chaque fois, la panoplie d’argument a été la même : fasciste, fakes news. En boucle. Il n’y a pas de « dispute ». Pas de dialectique. Les slogans ont remplacé les arguments, l’anathème s’est substitué à l’érudition.

L’extrême rigidité woke tient aussi à la pauvreté de son langage. La quasi-déperdition de forme verbale comme le conditionnel, qui implique le doute, sans lequel il n’y a pas d’interrogation sur l’univers, aura des conséquences dans la prédisposition à l’observation des phénomènes des générations suivantes. L’éradication des formes féminin et masculin démontre le peu d’attachement au naturalisme. Le wokisme déteste la nature. Il se dit écologique et milite contre le réchauffement climatique, mais il ignore les lois de la nature. Car ce n’est pas la même chose d’être écologiste que d’être naturaliste, de défendre la nature contre l’homme que de défendre la nature de l’homme. Reste que la dénégation de la réalité biologique et du dimorphisme peut paraître un détail pour certain mais il induit une culture de forclusion des réalités physiques. Soit une impossibilité radicale de produire de la science.

Le langage inclusif c’est le coup de grâce à l’intelligence. « La langue n’est pas seulement l’expression de l’homme mais l’homme est également le produit de son langage. L’homme est articulé comme lui-même articule et il se désarticule lorsqu’il cesse d’articuler. ». Gunther Anders, l’Obsolescence de l’Homme.

Si rien n’est fait pour faire entrer le wokisme dans le cadre d’une idéologie de haine, ce qu’il est, obscurantiste, liberticide, abrutissante, il faudra prendre acte que nous sommes passés dans une ère nouvelle. De l’ère de bronze à celle du fer, la révolution industrielle, le positivisme et désormais l’intelligence des machines. La science est l’intelligence des hommes, la technologie, l’intelligence des machines. Tout attentat contre l’intelligence fait de la machine notre adulte. Et le wokisme est une forme terrible de terrorisme intellectuel.

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