Le catastrophisme tue

« Quoique nous fassions, près de 9000 patients seront en réanimation à la mi-novembre » : le caractère péremptoire de l’affirmation d’Emmanuel Macron du 28 octobre, ne laisse aucune place à l’exégèse sémiologique. La qualité des data sur base desquels, le chef de l’Etat de la sixième puissance économique et militaire mondiale fonde ses décisions, laisse beaucoup à désirer.

Le désastre méthodologique en matière de prévention de risque, garantit les conditions de la tempête parfaite, systémique, anthologique. Le cumul d’effets collatéraux, économique sanitaire, sociétaux, culturel n’est pas réversible. De fait, personne ne semble penser aux initiatives qu’il faudrait mettre en place pour reconstruire un scénario post guerre, d’une guerre imaginaire. La visibilité sur les conséquences du premier et deuxième confinement est inversement proportionnelle à la communication sur le nombre de « cas contact », de contaminés et de morts (morts du, ou avec, le Covid-19, tout confondus). Et ceci n’est pas du catastrophisme fondé sur une projection modélisée. Ce sont les données brutales qui tombent d’heures en heures, sur les pertes d’emploi, le point d’arrêt de la prévention médicale, les opérations reportées, le déplorable état de santé mentale et le fait que ces variables et bien d’autres, loin d’être isolées, se combinent et se rétro alimentent. Toutes choses énoncées comme des dommages collatéraux acceptés sans état d’âme. Rien ne saurait être plus grave que le Covid-19, y compris si ça tue infiniment plus.

Prevention versus modélisation

La prévention de risque de la vieille normalité consistait à identifier, analyser, mettre en perspective, noter, hiérarchiser et établir un consensus sur un seuil de tolérance, en application du précepte que le risque 0 n’existe pas. La mort est le seul vaccin au risque. Un autre principe recteur de la prévention de risque, consistait à ne pas confondre prévention des risques avec gestion de crise ou prophétie auto réalisée. Jusqu’à l’irruption du Covid, le standard n’était pas aux Cassandre, Savonarole et toute la faune de populistes et ses prédicateurs de la peur, mais bien à celui des guetteurs, des veilleurs, des analystes et des experts de l’arbitrage. Assez bon, pour garantir un siècle libre de ravage épidémique ce, malgré l’importance des flux migratoires.

Une analyse se fondant sur une projection mathématique, obéissant à une métrique totalement absconse, connue de son seul auteur, c’est une fraude intellectuelle.

Pour qu’une politique de risque soit soutenable, à savoir qu’elle éradique le risque toxique, sans pour autant devenir un obstacle à la vie, il faut qu’elle se fonde sur des faits avérés ou du moins des signes solidement corroborés. Si un journal en ourdou, connu pour sa proximité avec les services secrets pakistanais annonce un exercice de tir de missile nucléaire, on peut commencer à considérer qu’il se passe quelque chose, dès lors que cette proximité est démontrable.

Une analyse se fondant sur une projection mathématique, obéissant à une métrique totalement absconse, connue de son seul auteur, décorrélée de la dynamique du phénomène sous étude, non mise en perspective avec des facteurs similaires (d’autres virus saisonniers par exemple), ignorant la constellation d’autres menaces, c’est au mieux une entéléchie, au pire de la fraude intellectuelle. Les modélisations fantaisistes sont en train d’envahir le terrain de la gestion de risques. Ce n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau c’est le naufrage tout à la fois intellectuel et épistémologique, d’un siècle qui a cessé d’être scientifique pour être technique, mais d’un technicisme confinant à la pensée magique.

Infectadure

Deux cas d’école notoires de prédicateurs de la peur sont, d’une part Arnaud Fontanet, l’épidémiologue à qui l’on doit la préconisation du port du masque à partir de six ans. D’autre part, Simon Cauchemez, Directeur de Modélisation Mathématique des Maladies Infectieuse du Comité Scientifique pour le Covid. Le Nostradamus du biodata prédisait un taux de létalité du nouvel coronavirus, de 100.000 à 450.000, en France seule, il y a de cela quelques semaines, en dépit de l’évidente chute de létalité du virus dans le monde. Chiffre repris par le président lui-même. De Macron, on ignorait la veine eschatologique, jusqu’au fameux : « Nous sommes en guerre » lors de son allocution du 16 mars dernier. Une déclaration qui eut pour effet d’inspirer de nombreux satrapes dans le monde. Et comment pourrait-il en être autrement ? Si Macron le dit, lui le président, centriste, modéré, alors l’Etat d’exception larvé peut prendre la forme de dictature sanitaire ouverte. En Argentine, cet état pris le nom « d’infectadura » lors du confinement le plus long du monde. Les conséquences en termes de violation des droits de l’homme et de création de nouveaux pauvres, hors de France, liée au diagnostic alarmiste de Macron, sont encore très sous- estimées. En même temps, la repression violente contre des journalistes à Paris, dans le plus pur style de la GNB chaviste (Guardia Nacional Bolivariana) et l’invitation qui leur est faite par le Ministre de l’Intérieur de se rapprocher des autorités, brouille les pistes. On ne sait plus qui imite qui.

On ne dispose pas de recul sur les expérimentations en cours, dans la mesure où il s’agit de mesures dystopiques, qu’aucun système de santé, dans aucun pays, sous aucune circonstance, n’a jamais pratiqué

Rien ne démontre qu’un enfant n’ait jamais transmis une forme sévère de Covid-19 à qui que ce soit. En revanche la littérature scientifique, sur les risques d’atrophie du système respiratoire, rénal, cérébral du fait de l’hypoxie que cela génère sur des organismes en pleine formation, est bien documentée. Sans parler du risque de contracter des maladies bactériennes multirésistantes nichées dans les masques portés sur de longue durée, voire, plus subtile mais non moins grave, les carences neurolinguistiques du fait de la disparition de la communication non-verbale. On ne dispose pas de recul sur les expérimentations en cours, dans la mesure où il s’agit de mesures dystopiques, qu’aucun système de santé, dans aucun pays, sous aucune circonstance, n’a jamais pratiqué. Jamais de toute histoire de la médecine, des mesures dénonçant un tel manque d’empathie et d’instinct de protection à l’égard des enfants n’ont été mise en place, et moins encore sous prétexte de parer à une maladie infectieuse.

Entre un risque fondé sur des appréciations nées de la peur (les enfants seraient comme les rats porteurs de la peste bubonique) et des faits avérés, une société saine, dotée d’une pluralité de voix devrait pouvoir s’exprimer. Pourtant, une décision, si incroyablement lourde, a été prise d’un coup de plume par l’exécutif, une fois de plus en solitaire. Pour qui voudrait s’indigner, le principe de précaution a été rangé au rayon des manœuvres conspiratives et qui insisterait serait qualifié «d’antisystème». Comme cela a été déjà été signalé dans ce blog, dans de nombreux papiers, depuis mars 2020 (en espagnol), ce sont non seulement les préceptes de la gestion de risque qui ont disparu, mais le devoir de protéger. Un concept propre à l’anthropologie du Droit autant qu’à de nombreuses conventions internationales.

Les médecins s’ennuient

Tout professionnel, voire toute personne qui ait vécu une situation de crise réelle : sanitaire, politique, de guerre, de terrorisme, de calamité naturelle, sait ce qu’est un hôpital collapsé. Le bruit des sirènes permanentes, le personnel rappelé, les signes d’hyperactivité, la réorganisation des infrastructures, le pavillon de campagne, tout cela est visible à l’œil nu. Or toute personne ayant eu l’occasion de fréquenter récemment un hôpital public (privé c’est encore plus flagrant) a pu observer un contexte aux antipodes des images à la Benetton de personnel étourdi de fatigue, béatifié par un effort présenté comme surhumain. La réalité à nu est que les services de garde des hôpitaux sont inhabituellement calmes. Et c’est vrai partout en Europe. Les médecins s’ennuient. N’en déplaise aux catastrophistes du Covid-19. Ce désœuvrement évoque toutes ces réelles catastrophes passées sous silence, soit la somme des pathologies en déréliction.

Se poser des questions est assimilable à du «négationnisme», «complotisme», «conspirationnisme». Cette forme de diffamation intellectuelle a pour effet d’imposer un blackout sur des faits essentiels pour une correcte appréhension du phénomène. En Italie, on apprenait en début de semaine, au travers d’un prélèvement sérologique sur des échantillons hématique datant de septembre 2019, que le virus était déjà présent dans la péninsule, dès cet été. C’est une information arrivée un peu par hasard, présentée comme anecdotique. Elle est pourtant capitale pour comprendre les mutations du virus et en savoir plus sur son historicité et trajectoire. Peut-on parler d’un vaccin alors que l’on ignore des aspects si fondamentaux du virus ?

La pire gestion de crise sanitaire est celle menée par un petit père des peuples, empreint d’une hubris messianique

On en sait très peu sur tout, parce que la gestion alarmiste, naturalise la censure. Là où il y a Etat d’exception que ce soit sous forme de de couvre-feu ou privation de liberté de circuler, la censure est essentielle. Ça tombe sous le sens. Elle se dissimule de moins en moins d’ailleurs. Pourtant, cette crise sanitaire révèle des aspects stratégiques pour nos sociétés qui devraient faire débat. En 2017, le National Center for Biotechnology Information” (NCBI) publiait une étude réalisée en Italie, entre 2013 à 2017 sur l’excès de mortalité provoquée par les épisodes d’influenza, spécialement chez les personnes âgées. « Plus de 68000 morts se doivent à l’influenza durant la période sous étude. L’excès de mortalité n’est pas inespéré du fait de la quantité de sujets âgés, fragiles, vivant en Italie. (…) En conclusion, l’imprévisibilité du virus continue à présenter un défi pour les professionnels de la santé et les autorités de régulation ». L’étude préconisait une adaptation des infrastructures au facteur démographique. Les unités de soin intensifs seront de plus en plus sollicitées au fur et à mesure que le phénomène du vieillissement s’accentuera. Cela ne se réglera pas avec des Nostradamus, mais avec une politique de gestion de risque consistant à repenser le vieillissement de façon créative, comme l’a fait la Corée du Sud. Soit un vieillissement moins sédentaire, plus participatif, plus tard, à la vie active. C’est un débat que les sociétés devront se donner. Asphyxier, brimer l’enfance n’est pas la solution.

La France n’est pas le pays le plus affecté par le vieillissement global, en revanche la république pâtit d’autres singularités. C’est le seul pays au monde, où une canicule peut provoquer une hécatombe. Le reste, ne devrait pas surprendre. Par ailleurs, le phénomène de maltraitance hospitalière représente en soi une menace au regard de la qualité des soins en circonstances normales. Aller dans un service d’urgence d’hôpital public, non accompagné, revient à se mettre en danger. Pour un patient en état de détresse respiratoire, c’est une vraie roulette russe. Ça, ça ne fait pas partie de la narrative officielle. C’est aussi un des pays les plus affectés par les maladies intra hospitalières. La qualité du diagnostic est aussi sujette au peut-mieux- faire en comparaison internationale, quant à l’équipement il est surprenamment vétuste au regard de l’idée que l’on se fait d’une puissance industrielle. Enfin, quant aux grands laboratoires français ça fait longtemps qu’ils n’ont pas mis au point une nouvelle molécule et d’ailleurs, depuis le surgissement de la crise du coronavirus, ils figurent aux abonnés absents. Autant de facteurs qui ne font pas la manchette des journaux, mais font partie du problème.

Les mesures délirantes pourraient s’expliquer comme parapluie judiciaire face à la peur d’être accusé de ne pas en avoir fait assez, si d’aventures les prophéties cauchemardesques des épidémiologues devenaient réalité. Mais elles pourraient aussi aboutir à d’autres demandes contre l’Etat, en France et dans d’autres pays, lorsque les effets du delirium tremens se seront évaporés. Le risque judiciaire ne saurait tout expliquer. La dimension messianique de sauveur du peuple malgré lui, semble être une constante des gouvernants ayant opté pour les mesures les plus liberticides et économicides.

Sur le même sujet en espagnol, dans ce blog :

https://relacionesinternacionales.co/2020/03/23/el-confinamiento-de-personas-sanas-una-aberracion-nunca-vista-de-historia-medica/

Covid, revelador del envejecimiento global



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