Restructuration de la dette, l’éternel argentin

 

Une certaine allégorie de l’argentinité. La rubia Mireya, tango argentin de Francisco Canaro.

 

 

 

 

@Teresita Dussart

Le 9 juillet dernier, trois économistes, dont l’égérie de la gauche latino-américaine, Joseph Stiglitz, le compagnon de toutes les campagnes d’Hugo Chavez sans sourciller, Robert Howse et Anne-Marie Slaughter, signent une tribune commune: « Les créanciers souverains ne doivent pas réécrire les règles durant la pandémie ». Le texte est publié sur le site « Project Syndicate ». Au travers de ce qu’il faut bien qualifier de plaidoirie pour l’Argentine, Stiglitz, une nouvelle fois, apporte de l’eau au moulin à un mécanisme pourtant bien huilé, consistant à reporter aux calandres grecques le respect de ses engagements, faisant appel aux bonnes consciences pour conférer une dimension idéologique à ce qui, pour un autre pays, serait vu comme de la mauvaise gouvernance.

Stiglitz et les cosignataires de la tribune, entre lesquels se trouve Thomas Piketty, voudraient forcer les différents stakeholders, publics et privés, à faire pression pour que les fonds détenteurs de dette souveraine argentine, ne puissent s’opposer au mécanisme connu comme « Collective Action Class » (CAC). Cette figure, inventée par le défunt ex-président argentin, Nestor Kirchner, un des pionniers du populisme assumé «bolivarien», lors du précédent défaut, consiste à imposer à la totalité des créanciers, une restructuration, quand bien même ne serait-elle consentie que par une partie de ceux-ci. Il reprend d’ailleurs, le terme « vautours » pour désigner ces fonds d’investissement.

Entre ces entités se trouvent des banques, telles que HSBC, la Northern Trust, mais aussi des fonds de pensions et des fonds spéculatifs. Chacun marquant une tolérance au risque, sensiblement différente. Se comptent aussi l’allemand Allianz. Greylock, spécialisé dans les investissements alternatifs à haut risque dans les économies émergentes et frontières. Les fonds Prudential Financial, Black Rock, Alliance Bernstein (détenu à 35% par Axa), Pacific Investment Manager Company (Pimco), Templeton (le plus exposé) et quelques autres.

L’effet coronavirus est passé par là. Ces fonds, dont la prime s’escompte sur la logique du « salaire de la peur », sont d’autant moins enclins à négocier, si un Stiglitz vient à leur mettre la corde au cou, en argumentant qu’il ne faut pas changer les règles du jeu pour, précisément, permettre à l’autre partie de le faire. Ces entités, conspuées par la presse, font partie de l’écosystème financier, sans lesquels jamais personne n’achèterait un papier provenant d’une nation dont l’indice risque pays de 2318 points, est supérieur à celui de la Syrie après cinq ans de guerre. Un résultat à la mesure de ses turpitudes. Sans ces opérateurs, vautours sans doute, seul un volontaire pour un diner de con, accepterait d’acheter un bond souverain argentin.

Sans ces opérateurs, vautours sans doute, seul un volontaire pour un diner de con, accepterait d’acheter un bond souverain argentin.

Le problème dans la chronicité de l’attitude argentine c’est l’effet boomerang pour les autres économies émergentes, lesquelles non seulement ne profitent guère de la complaisance paradoxale à l’égard du pays austral, mais en revanche pâtissent de l’aversion croissante au risque, envers les économies les plus fragiles. D’autant que les projections post pandémie semblent peu compatibles avec l’audace.

De toute histoire financière argentine il n’est pas une dette avec un créancier privé ou public qui n’ait été honoré. Les défauts marquent tellement l’histoire du pays, que l’on ne rappelle jamais assez que le Club de Paris a été créé, en 1956, comme une commission ad hoc, pour régler la dette argentine. Les arbitres du « Centre International pour le Règlement des Différends relatifs aux Investissements (CIRDI) », planchent essentiellement sur les conflits surgis de ce pays, lesquels représentent plus d’un tiers des cas. Les parties plaignantes sont des entreprises qui s’y sont vus flouées, voire expropriées.

Un exemple actuel, dossier potentiellement du CIRDI, est celui de Vicentin, une entreprise dans le secteur céréalier. Après avoir bénéficié de 1,3 milliards de US$ provenant d’un pool de banques, dont l’International Foreign Corporation (IFC, Banque Mondiale), Nederlandse Financierins (FMO), Crédit Agricole, ING, Rabobank, les actionnaires familiaux, ont tout simplement siphonné l’argent et se sont mis en concours de créanciers.

Une procédure Discovery, a depuis été engagée par le consortium de banques à New York, en février dernier. Le 8 juin, l’Etat argentin s’est essayé à une manœuvre bizarre, au travers d’un décret d’intervention (expropriation), sous couvert de « souveraineté alimentaire », alors que Vicentin ne produit rien de comestible. Pire, c’est un concentré de dette toxique et de futures compensations à venir. Un mouvement incompréhensible, pour un gouvernement qui s’échine à faire passer le message auprès des créanciers étrangers qu’il ne peut honorer le service de la dette. Entre les avoirs expropriés, si l’opération avait suivi son cours, se trouvait la filiale, Rosena, rachetée à 67% par Glencore en 2019.

Il apparaît de toute évidence, une conduite répétitive. Là où les économistes Oxfam-like de l’hémisphère nord se représentent l’Amérique latine et, plus singulièrement, l’Argentine comme de gentils joueurs de flûte de pan en poncho colorés, les « opprimés » sont en fait des mafieux, très au fait de ces stéréotypes bien commodes et, surtout, totalement indifférents aux transitions politiques locales.

L’histoire entre l’Argentine et le FMI est celle de la michetonneuse avec son daddy sugar. Il donne. Elle file vers la restructuration. Il essuie des injures « impérialistes » et autres stéréotypes, et il retombe sous la séduction de la danse de sept voiles. Le dernier épisode en date, porte sur le prêt surréaliste concédé par Christine Lagarde, en 2018. Le plus important de l’histoire du FMI : 50 milliards de dollars. Dont 44 effectivement atterris dans les coffres de ce pays qui enregistre neuf défauts, en deux siècles. Le concept justifiant la largesse était assez simple :  éviter une crise économique. Un non-sens, dans la mesure où la crise est l’état structurel de l’Argentine et continuera à l’être, tant qu’il sera gouverné par les préceptes péronistes.

L’histoire de ce prêt est une histoire à part entière, dont tout reste à écrire. Il a été garanti dans des conditions totalement atypiques pour le fond, avec une partie du Directoire en dissidence, s’abstenant toutefois de poser son véto. Est-ce l’effet Aldo Maccione, le côté gueule cassée, mal rasé, italo-argentin, des fonctionnaires -, tous masculins au demeurant -, qui aurait agi sur les hormones de Christine Lagarde ? On veut croire que non.  Difficile de reconnaître toutefois, dans ce regard de Chimène, cette si soudaine empathie, la Cariatide qui humiliait les grecs en 2012 : « Je pense davantage à ces enfants d’une école d’un petit village du Niger qui n’ont que deux heures de cours par jour, qui partagent une chaise pour trois et qui cherchent passionnément à avoir accès à l’éducation (…) Je pense à eux en permanence, parce que je pense qu’ils ont davantage besoin d’aide que la population d’Athènes.». Remplacer Athènes par Buenos Aires ; c’eut été une sacrée leçon. Personne n’a osé le faire.

Depuis qu’elle a intégré la fonction de Président de la Banque Centrale Européenne, Lagarde se lave les mains d’une affaire qui est à la lisière du droit pénal économique.

En deux ans, ce crédit, n’a servi à aucune des missions de ce pour quoi le fond de stabilité existe

En deux ans, ce crédit, n’a servi à aucune des missions de ce pour quoi le fond de stabilité existe. La planche à monnaie n’a jamais cessé de fonctionner. L’inflation se situe entre les plus hautes du monde et continue à faire le jeu des politiques clientélistes. Les transitions de pouvoir passent et se ressemblent. Du populisme kirchneriste au macrisme, la culture politique et économique reste la même en substance. Le témoin se passe entre péronistes assumés et péronistes honteux.  Il va sans dire que l’auto-prophétie de restructuration de la nouvelle dette du FMI est une réalité en cours. Cet argent n’ira pas vers ceux qui en ont le plus besoin. Spécialement dans ce nouveau paysage désolé de l’après pandémie.

L’Argentine est officiellement membre du G20. Une aberration, fruit ici encore de ce cas très spécial, irrationnel que l’on fait de ce pays. Le tango, son story telling, le Don’t cry for me Argentina, l’épique qui persiste au travers des décennies d’un pays aux proies de « l’impérialisme » dans les années 70, alors que dans les faits, la seule vérité est celle de deux factions du péronisme (mussolinisme austral) se livrant une guerre civile plus mafieuse qu’idéologique. A cela il convient d’ajouter, l’idée que les argentins se font d’eux même et le mépris qu’ils vouent aux autres latins. Toute cette mystique conduit à imposer un poids deux mesures, quand il s’agit d’Argentine. Ce n’est pas un service à rendre aux pays pauvres, ni à elle-même, que de continuer à passer l’éponge sur ses indélicatesses.



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