Une vision simpliste de la colonie

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Tout n’est pas à jeter dans la colonie et surtout toutes les colonies ne sont pas à mettre sur le même pied.  Si Emmanuel Macron, l’homme politique français, censé incarner le « discours de complexité » sur le passé, le présent et le futur qualifie de  “crime contre l’humanité » ce wilsonisme d’avant l’heure, consistant à avoir imposé en 1830 à ce qui n’était pas encore l’Algérie,  les valeurs préfigurant son émancipation;  il eut mieux valu que les Ottomans continuent  à y gouverner  à leur façon de coupeurs de tête et de route. Les déclarations d’Emmanuel Macron relèvent probablement plus d’un dérapage mais elles sèment le doute sur son identité de « change factor ».

©Teresita Dussart

 

Les déclarations fracassantes d’Emmanuel Macron, lors de son déplacement en Algérie, lundi dernier, sont en rupture totale avec celles concédées sur le même sujet, en décembre 2016, dans le cadre d’un entretien au magazine Le Point.  Celui qui aspire à la magistrature suprême se relevait alors bien plus nuancé, discernant dans le processus colonial en Algérie «des barbarismes et des éléments de civilisation». Il soulignait, entre les facteurs positifs, l’émergence d’une classe moyenne. Propos très mesurés, qui ne lui en avaient pas moins valu une volée de bois vert de la part des intellectuels de gauche, selon la formule consacrée. Est-ce le cuisant souvenir d’avoir été assimilé à un nostalgique de l’Algérie française qui lui vaut maintenant ce virage à 180 degrés, ne doutant plus à qualifier ce passage de l’histoire de “crime contre l’humanité, de vrai barbarie“?

De tous les sujets que le fondateur du mouvement « En Marche » pouvait traiter à Alger, la colonie  n’était pas le plus brûlant. L’économie, la coopération, le terrorisme, le nouvel ordre du monde, etc. auraient été plus pertinents pour assoir sa stature de présidentiable. A l’ordre du jour, il aurait aussi pu choisir dévoiler une partie de son programme. Mais il a fait ce choix singulier de remettre cette blessure au goût du jour et de le faire de la pire manière. Les qualifications employées par Macron, ce sont celles que la Cour Pénale Internationale, surgie du Traité de Rome, a pour mission statutaire d’instruire. Et, après tout, les crimes de guerre sont imprescriptibles. Cette terrible accusation se produit, qui plus est, sur fond de révolte quasiment chronique des banlieues, de plan Vigipirate et d’affaire Théo.

Macron s’est évidemment laissé déborder par son enthousiasme à fédérer tout et n’importe quoi. Depuis, l’ex ministre étoile de François Hollande a tenté de “récupérer le coup » en arguant de la nécessité de « dire la vérité ». « Ne pas céder à la simplication ». Ne pas succomber aux discours de ceux à qui il attribue des intentions clientélistes, électoralistes. Le problème étant que depuis deux jours, c’est un peu tout cela qui lui est reproché à lui, Macron.

Que les pieds noirs du Milieu marseillais aient vanté les mérites de l’Algérie Française, c’est prévisible. Que la gauche militante défende la catéchèse des peuples opprimés par l’impérialisme c’est presque obligatoire. Mais de lui, était attendu plus de hauteur de vue et de connnaissance de l’histoire surtout.

Faisant fi de ces clivages et du champ contaminé de la politique militante, le colonialisme est étudié aujourd’hui dans ses rapports de force certes, mais aussi comme composante du processus de construction nationale des nations composites, or toutes les nations sont composites.  Au Mexique, au Brésil, l’histoire s’étudie en intégrant la phase sous administration espagnole ou portugaise comme faisant pleinement partie de la construction nationale. Au passage cela forge une autre relation au temps. L’Algérie ignore son passé pré-guerre d’indépendance, sauf sur les aspects qui ont trait à l’imposition d’une religion étrangère, l’islam. Tout comme l’Argentine. Dans ce pays, l’histoire s’étudie à partir de l’indépendance, rejetant tout fait produit avant cette Epiphanie. Pourtant la culture nationale mexicaine est infiniment plus assise que l’Argentine et plus sûre d’elle dans sa relation à l’ex Métropole. En Algérie, les bases de la république posées par l’ex colon, font partie du « soi » algérien tout comme l’hidalgo de l’administration des Autriches ou des Bourbons, figure qui se créolise dans le surgissement des républiques latines. La colonie française fait partie intégrante du processus de construction national algérien mais un ressentiment très profond ne permet pas à l’Algérie d’assumer cette richesse. Le discours anticolonial hypertrophié a censuré des pans entiers de la mémoire collective de l’Algérie comme de l’Argentine.

C’est un fait que l’Algérie n’aurait jamais pu se penser comme une république indépendante sous le joug des Beys ottomans, leur impôts rétorsifs, leurs expéditions punitives, le gigantesque comptoir d’esclaves, la destruction du patrimoine des civilisations antérieure dont la byzantine etc. L’appétit d’indépendance surgit des exactions turcomanes. Certes, ça enlève un peu de lustre au FLN et aux rares despotes qui se sont succédés au pouvoir depuis l’indépendance, mais l’émancipation de l’Algérie surgit des valeurs que sème le France au cours de ses 134 années d’administration coloniale, tout comme l’émancipation des nations du Nouveau Monde nait des valeurs répandues par les universités de la renaissance Ibérique du XVIIe. siècle jusqu’à la prononciation de la très moderne et fugace Constitution de Cadiz su XIXe.

Une des formes de rencontres de peuples est la colonisation, une transhumance qui n’implique parfois qu’une défaite militaire, parfois un apport technologique du colon au territoire sous contrôle. Sans colonie, la quantité de peuples qui seraient restés au stade de chasseurs-cueilleurs et auraient fini par disparaitre victime de leur endogamie est invraisemblable. D’autres peuples ont au contraire été exterminés par la razzia d’un occupant plus violent. L’expansion seldjoukide a fait disparaitre Byzance, les turcs ont campé au milieu des vestiges de la Rome orientale détruisant tout sur leur passage y compris dans le territoire de ce qui conforme aujourd’hui l’Algérie.

Que Brutus ait eu besoin de tuer le père pour exister est une chose. Que le père s’immole pour un pêché qu’il n’a pas commis c’est pire que de la repentance, c’est entraîner sur l’autel sacrificiel le fils qu’il veut sauver. Une nation ne se construit sereinement que si elle est consciente de ses racines et accepte le marqueur indélébile de son Alma mater. Battre la coulpe pour des fautes imaginaires c’est approfondir le problème identitaire de ses jeunes. La modernité serait de rappeler l’Algérie à ses responsabilités d’état souverain sur bien des sujets entre autres sociaux et économiques.

Beaucoup seraient surpris de savoir que les colonies n’ont pas toujours été les caisses noires des états métropolitains, que le maintien d’une administration étrangère Outre-mer, telle que construire des écoles, des universités a couté très cher et déterminé l’histoire des nations colonisatrices, pas nécessairement favorablement. L’administration “indienne” coûta trois banqueroutes à l’Espagne des rois catholiques du XVIe. La pauvreté endémique, conséquence des expéditions dans le Nouveau Monde se reflète dans le roman picaresque espagnol de la même époque mais le monde ne se souvient que du récit intéressé qu’en fit le jésuite, Bartolomé de las Casas dans ses “Brèves de la Destruction des Indes. »

Il n’y a pas d’études sur le coût de la colonie française en Algérie, pour autant que cet auteur sache,  mais il ne fait aucun doute qu’envisagé dans une perspective historique le bénéfice est pour les algériens.

 

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