De populisme, de bling bling et de monstres

Morian Casan détention Paraguay

Teresita Dussart, tous droits réservés.

Ni inflation,  ni soya, pas même le meurtre d’un mineur de douze ans assassiné dans le cadre d’un règlement de compte mafieux, ou la grève des enseignants depuis trois semaines, voire en politique internationale la destitution de la députée Maria Corinna Machado, au Vénézuela, laquelle renvoie à la situation politique argentine ; rien n’y fait. La hiérarchisation traditionnelle de l’actualité cède face  aux « épisodes médiatiques » des personnages du petit et grand vedettariat.

Une nouvelle « élite » paradoxale, à contre rebours des valeurs esthétiques et éthiques traditionnelles,  faite d’individus hors cursus s’est solidement installée au cours de ces dernières décennies, pour lesquels le succès se tisse au travers  d’épisodes médiatiques, de l’ordre du personnel, du graveleux et de l’obscène. Cette caste d’imprésentable a déplacé les protagonistes politiques, économiques, intellectuels classiques.

Pendant deux jours, le portail  digital « Perfil », pourtant bastion argentin du journalisme d’investigation,  a été jusqu’à ouvrir sa Une,  en une couverture de parfois  six articles, au suicide du mari d’un « mannequin », une certaine Nazarena
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Velez.  L’acception locale de mannequin ne renvoie pas à la jeune femme mince, élancée, racée, mais à la fausse blonde ou fausse brune,  bien en chair, courtaude, et s’exhibant non pas avec des vêtements de créateurs mais issus des surplus du sex-shop. La chaine d’information continue TN (groupe Clarin) en a fait un Breaking news de deux jours. Le défunt venait de perdre un procès pour fraude et faux en écriture. Il n’en était pas à son premier coup. En 2007, il avait été accusé d’exercice illégal de la profession d’avocat. Mais le pays ne leur en tient pas rigueur et pleure avec la veuve et les enfants. C’est sa version de la famille Monégasque.

Cette nouvelle élite conforme une sort de tératologie. Les critères physiques font dans l’hyper. Une féminité hypertrophiée, hyperbolique, hyper dans les volumes grâce au miracle de la chirurgie. Curieusement, hyper en âge aussi. Moria Cassan nom d’artiste d’Ana Maria Casanova, a soufflé ses soixante-dix bougies dans un corps et un visage travaillé au bistouri comme un œuvre d’art hyper-réelle.  Invitée au Paraguay à défiler, elle aurait volé le joyau prêté par un bijoutier local. Cette affaire du collier de la reine lui a valu une sympathie énorme et le soutien présidentiel de Cristina Fernandez, de sorte à négocier une sortie honorable avec la justice du pays voisin. L’imbroglio diplomatico-judiciaire a souvent occupé la Une des journaux jusqu’il y a quelques semaines. Dans une autobiographie, « Memoria »  (Editions Planeta, 2012) Casan revendique ses années de prostitution choisie et dresse l’éloge de l’érotisation de l’argent.

Dans cette galerie où les “codes” mafieux prennent le pas sur le loi et la muflerie régit les interactions sociales, à la façon de « Bruttisporchi e cattivi », les hommes ne sont pas en reste. Marcelo Tinelli, s’est fait connaitre par ses programmes grands publics, comme « Danser pour un rêve », une sorte de lupanar télégénique. Le programme consistait à faire danser des dames autour d’une barre de strip teaseuse en prime time. A partir de ce succès, il est devenu l’homme que tous les politiques s’arrachent. Récemment la présidente l’avait pressenti pour diriger le programme « Football pour tous ».La télévision publique ayant obtenu par décret présidentiel l’exclusivité de la retransmission des matches, le gouvernement en profite à la mi-temps pour passer à une heure de très grande écoute tous les spots politiques. Le deal entre la Maison Rose (siège du gouvernement) et l’amuseur ne s’est pas fait et une rafale de tweets de Tinelli s’est propagée pendant plusieurs jours. Chacun générant un papier avec analyse politique à la clé. Tinelli a imposé des modes comme celle du tatouage intégral bras et jambe. Pour ajouter à son prestige, il est le président du club de foot San Lorenzo,  dont est le Pape péroniste est supporter, ce qui lui a valu d’être reçu par Saint Père en audience privée.images (5)

Depuis Carlos Saul Menem se sont succédé des personnages extravagants dans les plus hautes sphères de la politique, faisant l’éloge implicite de l’argent facile, de la corruption morale et esthétique. Les deux présidences Kirchner ne sont pas en reste. Tour à tour veuve gothique, gogo girl bien en chair au parlement avec une robe de fripier chinois en transparence pour son discours d’ouverture de session parlementaire, ou en manteau de lapin blanc synthétique pour un déjeuner à l’Elysée avec François Hollande, la présidente officialise la normalisation de la vulgarité et de la seule générosité permise, celle des hormones. Au final ce que cette élite paradoxale révèle c’est la vandalisation populiste de l’esthétique et de l’intellect.



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