Entre l’Europe et la Russie, la tresse de Timoshenko

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La boucle est presque bouclée Les troupes russes occupent la Crimée. Le ton des délégations en session plénière des Nations Unies, hier, était celui de la guerre froide revigorée. Les Etats-Unis avaient en fin de journée, décidé de suspendre leur coopération militaire avec la Russie. La partition de l’Ukraine n’est plus une figure théorique. Désormais, la radicalité entre Ouest et Est du Dniepr se trouvant à nouveau chauffée à blanc, il faut à tout prix un coupable pour faire oublier qui a jeté de l’huile sur le feu.

On ne peux pas nier, que le pacts d’association UE-Europe Orientale, tel que vendu, a joué un rôle de détonateur. De toute évidence, c’est un excellent projet dont la feuille de route, si elle venait à être appliquée, constituerait une substantielle amélioration de la qualité institutionnelle de ce pays, aini que es cinq autres républiques de l’espace CEI associées. Dommage qu’il ait été présenté d’un bout à l’autre comme un pacte atlantiste, anti russe et strictement favorable aux nationalistes ukrainiens, lesquels l’ont confisqué comme leur cheval de bataille. Tout à coup, les descendants des collaborateurs nazi d’Ukraine et de Bessarabie, se trouvaient être plus européens que les descendants des soviétiques dont le sacrifice les inclus dans la même communauté de destin que l’Union Européenne, ce dont ils ont été privés pendant soixante ans. C’est vraiment pénible de voir cette surenchère à l’européisme de la part de ceux qui le moins comprennent l’histoire de l’Union.

En Novembre dernier, le pacte rejeté au parlement ukrainien, il devenait évident qu’il se transformerait en cet enjeu dont les nationalistes avaient tant besoin. Ce pacte, l’UE avait la responsabilité de le présenter comme un projet pour toute la nation ukrainienne, et ne pas laisser les factions extrémistes en faire leur porte drapeau. A telle titre qu’hier, Yulia Timoshenko déclarait devant la journaliste de CNN, Christiane Amanpour, que les « manifestants sont morts pour l’Europe ». Plusieurs millions d’européens pourraient lui rétorquer qu’ils n’ont rien demandé.

Il faut se faire à l’idée, la perception des choses de ce monde est binaire. Les dictateurs des printemps arabes étaient autoritaires. Donc les insurgés sont des démocrates. Qu’ils aient tous voulu rétablir la Shari’a est un détail. Ianoukovich est corrompu autoritaire et manipulait les institutions à sa guise, certes, donc les manifestants qui l’ont déposé sont des démocrates, mus par la volonté de faire de l’Ukraine une société ouverte à l’image de ce que sont les états membres fondateurs de l’UE !

Une réalité dont ne rendent pas compte les médias occidentaux c’est le revival d’antisémitisme depuis le départ d’Ianoukovich et des Berkout (forces anti-émeutes.) Les hymnes fascistes de la seconde guerre mondiale sont repris en chœur par les paramilitaires ukrainiens dans plusieurs villes. L’expression « chien rouge » à l’encontre des russes est monnaie courante. Dans la ville de Liv, le monument rappelant l’Holocauste a été partiellement détruit. Le correspondant de Radio Jai (Argentine) signale que le Rabbin principal de Kiev, Moshe Ruben Altman, a demandé aux juifs de quitter la ville, et le pays si possible. Dans une interview accordée au journal Le Monde, l’ex-ministre de l’intérieur de Timoshenko, Iouri Loutsenko, le terme épuration revient en boucle. Ce n’est peut-être pas l’épuration à la soviétique mais ça ne fleure pas vraiment l’esprit de de Tocqueville. Dans ces conditions, le gouvernement russe a raison de s’inquiéter des 50%, part de la population ethniquement russe dans les mains des nationalistes ukrainiens, sans compter les autres minorités, dont les tatars, lesquels se trouvent potentiellement pris en tenaille d’une guerre à la façon des Balkans.

Dans la même interview Timochenko ajoutait que la solution pour mettre fin à la présence des chars russes en territoire ukrainien serait une intervention armée occidentale. En d’autres termes, une guerre contre la Russie, rien que ça ! Opération d’ailleurs que l’Otan ne peut entreprendre, l’Ukraine n’en faisant pas partie. Les mois en prison de la diva à la tresse n’ont semble-t-il pas été mis à profit pour réfléchir à la paix dans le monde. Cette coiffe en teinture blonde la rend très sympathique. On en oublierait presque que c’est un symbole d’appartenance ethnique. L’Ukraine “ethniquement” lituano-polonaise contre une Russie perçue comme asiatique et sauvage ; c’est cela que symbolise la tresse de Timochenko. Il ne faut pas se méprendre.

L’expression « isoler la Russie » était de rigueur, hier aux Nations Unies. Mettre cela en place, ce serait une vraie cadrature du cercle. Sur le plan énergétique c’est difficile d’isoler un pays qui peut mettre à genoux l’Europe toute entière au travers de son approvisionnement en gaz. Ensuite comme isoler la Russie, alors qu’au cours de ces derniers mois la fédération a joué un rôle essentiel pour dénouer le conflit syrien, pour ne citer que lui ? Sur le dossier de nucléaire iranien, la Russie est un partenaire incontournable aussi. La Russie est une des soupapes de décompression des problèmes d’Asie Centrale et en partie du Moyen Orient. Parfois elle en est aussi à l’origine. Sa diplomatie s’est faite plus inventive. Totalement débarrassée des complexes de la phase du Russian Bashing de l’époque de Boris Eltsine, elle est un acteur cardinal sur lequel le monde est bien content de pouvoir compter, lorsque le pragmatisme s’impose.

Le Rusian Bashing n’est pas pour autant un artefact enterré un rayon des préjugés revus et corrigés par les résultats, somme toute honorables, des fondamentaux économiques et du niveau de confiance dont jouissent les investissements étrangers dans ce pays, donc de sécurité juridique, donc de séparation des pouvoirs. Sans parler de la culture authentiquement démocratique de la société civile russe aujourd’hui. Il y a une décennie, « démocratie » c’était presque un gros mot en Russie. Cette démocratisation de la classe moyenne s’est produite grâce à une meilleure distribution des richesses et à une ouverture au monde. Mais rien n’y fait. La russophobie est plus vivante que jamais et fait feu de tout bois. Des hymnes fascistes des manifestants de Maidan, personne n’a rien entendu, rien vu.

Ils se trouvent des journaux lesquels vouent une obsession quasiment compulsive envers Vladimir Poutine, au point d’avoir transformé des oligarques corrompus en dissidents à la façon d’émules de Soljenitsyne. Un de ces journaux est Le Monde. C’est un vrai sujet d’essai le pourquoi de cette haine. Une des explications se trouve sans doute dans les pages du « Livre du noir du communisme » (Robert Laffont, 1997) et des relations que ce quotidien a pu avoir avec le pouvoir ultra centralisé de l’Union Soviétique. On en vient à se demander parfois si ce que « Le Monde », et les journaux qui s’en inspirent reprochent à Vladimir Poutine c’est d’être autoritaire et d’être un nostalgique de l’ancien régime ou de ne pas l’être assez, à l’instar de tout ce qu’ils ont tant soutenu pendant des décennies.



Categorías:Asia Central, EUROPA

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