Le pape péroniste argentinise le Vatican

descargaTeresita Dussart (C)

Le Vatican a t-il vraiment fait une bonne affaire avec le départ de BenoîT XVI et l’arrivée d’un pape argentin? Pas certain malgré l’engouement médiatique. Un péroniste ça trompe énormément. Le temps de s’en rendre compte le mal est fait. Il y a quelques semaines, le Pape François en remettait une couche à son discours désormais devenu sa marque de fabrique, depuis qu’il occupe le Saint siège; discours d’apologie de l’indigence, confirmant ainsi son extraction des plus péronistes qui soit. Péroniste le Pontife l’est jusqu’à la moelle des os et ne s’en est jamais caché. La dernière perle du Pape, fut l’éloge de la servitude volontaire des « cartoneros », ces pauvres hères qui a la tombée de la nuit éventrent les poubelles à la recherche de carton à revendre. « Le pape François envoie un message aux cartoneros et recycleurs dans lequel il les encourage à continuer à développer des formes dignes de travail à partir de leur travail écologique et leur demande de générer une conscience sur la déperdition d’aliments que produit la culture du déchet ». L’expression « forme digne de travail » est particulièrement choquante au regard de ce que représente l’insalubrité du travail de chiffonnier et le contexte de relégation sociale qui l’accompagne. Pas même l’Opus Dei n’aurait songé signé un tel communiqué empreint d’un tel fonctionnalisme social. Le péronisme toujours bigot, avait applaudi sans s’aviser de ce que ce texte propageait comme discours de légitimation d’un « travail » réalisé dans des conditions infra humaines. La gauche bienpensante du monde avait également applaudi. François parle des pauvres, donc il est révolutionnaire. Les princes de l’Eglise qui ont précédé François ont évoqué la pauvreté économique, mais presque toujours pour la condamner. L’encyclique Rerum Novarum de Léon XIII du 15 Mai 1891 évoque spécifiquement le droit des ouvriers et la dignité des travailleurs. Ça c’était révolutionnaire.

Fruit de la seconde génération de migrants pauvres, italiens, arrivés à Buenos Aires dans les années trente, macéré dans le substrat culturel du mussolinisme transféré au péronisme au travers des migrants italiens, François subi le déterminisme d’un creuset culturel comme coupé du monde et de l’histoire. Le péronisme est la dernière survivance, allégée certes du nazi fascisme des années trente, dont il conserve actif le clientélisme, le populisme, le culte de la personne, le gout du pouvoir hiper centralisé.

Le pape François s’est alimenté de cette culture du pauvre fonctionnel à la préservation d’une ploutocratie rotative selon l’homme (ou la femme) forte du moment. Lorsque le cartonero et ses fils plongent leurs mains dépouillées de toute protection dans les sacs de polyéthylène, à la recherche de quelques grammes de carton, et de tout ce dont ils puissent tirer une pitance, ils remplissent une fonction sociale, selon le communiqué du pape : celle du charognard de notre contemporanéité. Le chrétien non seulement ne doit pas dénoncer une occupation si dangereuse pour qui l’assume, et moins encore dénoncer l’usage du terme « travail » mais encore il doit l’encourager comme travail écologique. Parole de François.

Tout est dit littéralement et il n’y a pas d’espace á l’interprétation, le « cartonero » serait selon François une pièce essentielle à un écosystème plus vaste. Avec de tels propos le Vatican se transforme en une sorte de succursale de Greenpeace tendance ecofascisme. Si le pape a son grand âge s’était intéressé au monde, il saurait que le recyclage informel de déchets opéré par des chiffonniers en Inde, au Ghana, en Chine, en Argentine ou ailleurs, non seulement n’est pas synonyme d’écologie, mais plutôt le contraire. Là où il y a des chiffonniers il y a des dépôts sauvages et vice versa. Mais François est argentin bien avant d’être jésuite. Le monde s’arrête à la frontière de l’Argentine, quand ce ne serait celle de Buenos Aires.

Il est de bon ton dans l’univers des éditeurs bobo de voir en « Francisco », un marxiste sous cape. Rien n’est plus faux. Il n’y a pas de marxiste en Argentine et il n’y en a jamais eu. Y compris parmi ceux qui se revendiquent comme tel. Il y a des péronistes. Les marxistes visent une aristocratisation du travailleur, appellent à se révolter contre la pauvreté, à rompre radicalement avec le discours de légitimation de celle-ci, à maximiser l’ascenseur social par le mérite. Raison pour laquelle le marxisme s’enseigne dans toutes les universités libérales du monde. Le péronisme, courant politique de tous les extrêmes fabrique des pauvres, art dans lequel il excelle, et l’actuel gouvernement de Cristina Fernandez le prouve une fois de plus. Et non seulement il veut des pauvres, mais il veut des pauvres heureux d’être pauvres, premiers à frapper d’anathème les aspirations à vivre mieux. C’est ce que le Pape François propage. Depuis la Contre-Réforme l’Eglise n’a cessé de chuter de la brillante institution intellectuelle qu’elle a été. Avec un pape péroniste elle ne peut pas tomber plus bas.

Chaque église dans une société ouverte constitue une organisation de droit privé avec laquelle l’individu pacte un accord intime ayant trait au mystère de la foi, duquel il ne peut rendre compte qu’à ceux qui participent de la même foi. On ne peut pas demander à une institution de droit privé, dont le « core business » est une forme de spiritualité, assortie d’un ensemble de valeurs librement consenties par la collectivité des fidèles, qu’elle arbitre les questions séculaires liés aux nouveaux usages de la société hypermoderne. Les questions sur lesquelles François par démagogie sécularise son discours sont d’ordre laïque. La pauvreté philosophique du message de l’Eglise encourage, il est vrai, le glissement du spirituel au temporel.

Le refus ostentatoire et vaniteux du Pape argentin envers les expressions de la tradition, du protocole, des habits, non seulement tend à personnaliser la fonction, ce que font tous les péronistes à peine arrivés au pouvoir, mais aussi tranche la relation entre passé, présent et futur. Les dirigeants péronistes ont une relation biaisée avec le temps puisque le culte de la personne fait que l’heure zéro est celle de leur prise de fonction. Ils arrivent avec les prétentions prophétiques de celui qui va tout révolutionner, corriger les erreurs du passé, faire table rase de l’œuvre de ses prédécesseurs et finissent par détruire ce qui reste debout. Il est vrai aussi que lorsqu’ils arrivent c’est sur une terre déjà passablement brulée. La dynamique de la destruction ou tout simplement du déclin crée une addiction au populisme. L’histoire argentine en est la meilleure illustration.

Une de ces traditions vaticanes était la manifestation protocolaire de l’universalité du message de l’Eglise. La fameuse harangue “Urbi et Orbi”, laquelle se déclamait dans la plus grande quantité de langues possible. C’était jusqu’à François. D’autres jésuites américains, dès le XVIème siècle, comme le père Alonzo Barzana, avaient mis un point d’honneur à apprendre « les langues du Pérou » (allusion à la Vice-Royauté du Pérou qui englobait l’actuelle république Argentine). Ces langues étaient très nombreuses : quichua, tonocote, guarani, matija, kakana, et bien d’autres. De cette tradition babylonienne il ne reste rien en 2014. Avec François, jésuite lui-même, Rome s’est convertie en une seconde Buenos Aires, à ceci près que le bénédicité ne se dit pas en espagnol italianisé mais en italien de vache espagnole. Toutes les autres langues ont disparu.

La déconnexion du monde d’Argentine, voulue par le tyran Juan Domingo Peron, transformée en culture nationale, s’est transportée au Vatican. Les allusions aux conflits dans le monde, lorsque mentionné par le Pape, illustre une profonde méconnaissance des enjeux. Ignorance que pas même la diplomatie vaticane peut combler, d’autant que François ne serait pas du genre à déléguer. Il est impensable d’imaginer François exercer ses bons offices derrière le rideau pour dénouer un conflit qui ne soit pas argentin. S’il avait la capacité d’intervenir il se garderait bien de faire appel à la discrétion. Ce serait assorti de toute la fanfare péroniste et nationaliste : le pape argentin au chevet du monde ! Nous sommes très loin de Jean Paul II ou de Joseph Ratzinger, dont on peut dire tout ce que l’on veut, mais intellectuellement c’était une autre pointure.

Dans la bigoterie ambiante, tant de droite comme de gauche, le culte de la personne,se prête et se nourrit, tout à la fois, de récupération politique. L’actualité argentine démontre par titres interposés la lutte que se mènent les factions kirchneriste et anti kirchnériste pour faire sienne ce Pape. Combat perdu d’avance. Un péroniste est toujours du côté du plus fort. Politiques narcotrafiquants argentins lui font la danse des sept voiles, joueurs de foot, proxénète télégéniques, syndicalistes péronistes mafieux, tout ce qui a un nom en Argentine va au Vatican. La politique argentine toute entière s’est transférée à Rome. Du Vatican d’intéressant il ne reste que la bibliothèque et ses musées. En espérant que François ne prenne la décision de se défaire de l’expression de la richesse d’un monde, lequel décidemment il ne peut pas comprendre.



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