Repsol accepte l’invitation d’YPF à converser

Teresita Dussart (C) Le Conseil de Direction de Repsol réuni à Madrid a décidé répondre positivement à la toute nouvelle bonne disposition des autorités argentines  pour la résolution du différend né de l’expropriation de ses avoirs de 51% dans YPF, le groupe pétrolier argentin. Repsol et les actionnaires minoritaires, Caixa Bank (12,02%), le groupe pétrolier mexicain Pemex (9,34%), Sacyr (9,38%), Temarek (6,32%) ont au bout de plusieurs heures décidé : « d’initier à court terme des conversations entre les équipes [de Repsol] et celle du gouvernement argentin afin de chercher une solution juste et efficace de règlement de la controverse ». Sur le montant de résolution du conflit, le communiqué,  rédigé comme le début d’un processus et non pas encore sa résolution, ne donne pas de détails.  Les informations qui ont filtré jusqu’à présent parlent d’une somme de cinq milliards de dollars dont une grande partie serait en bons du trésor argentin garantis. Ce qui peut se lire comme une contradiction formelle. Justement, sur ce point le PDG du groupe espagnol, Antonio Brufau, ne faisait pas mystère de sa totale opposition, étant entendu que les bons argentins sont extrêmement difficiles à compenser, en particulier compte tenu de l’opacité de la transaction, sans garantie juridique assortie, ni légitimité politique, puisque l’accord ne sera pas soumis au congrès et sera confidentiel.  En cas d’alternance de l’équipe gouvernementale en 2015, si les titres n’ont pas été converti, Repsol pourrait en théorie se retrouver face au scénario de défaut classique argentin. Historiquement, dans la conception argentine un contrat avec un gouvernement n’engage que ce gouvernement pas l’Etat. Raison pour laquelle, le groupe espagnol a décidé de nommer une banque d’affaires internationale, de grande renommée, pour veiller à ce que la transaction n’aboutisse pas à un pacte mal ficelé. Selon le communiqué, encore que ce ne soit pas très clair, ce serait seulement après la médiation de cette banque, dont on ne connait pas encore le nom, et une fois survenu l’accord sur la structure de l’indemnisation que Repsol commencerait à désactiver le contentieux judiciaire international.

En Mars 2012, l’ensemble du directoire de Repsol était débarqué de son siège à Buenos Aires, manu militari, ce, avant même que ne soit sanctionnée l’expropriation par le Congrès. La constitution argentine prévoie l’expropriation dans les conditions qui relèvent de l’intérêt général mais il faut alors que l’Etat tasse la valeur du bien transféré au patrimoine public et indemnise le propriétaire. Le cas contraire il s’agit d’une confiscation. La présidente Cristina Fernandez avait accompagné ce haut fait d’armes du kirchnerisme d’un discours nationaliste virulent, comme une justice faite au peuple argentin, face à une entreprise présentée comme une survivance du conquistador Hernan Cortés. L’inspirateur de l’expropriation dans le fond et dans la forme, Axel Kicillof, alors vice-secrétaire de l’économie, actuellement ministre d’économie, faisait connaitre son avis : « non  seulement il ne faut pas indemniser Repsol, mais il faut qu’il nous paye à nous ». Et puis surtout, il s’était fendu de ce concept « la sécurité juridique c’est une chose horrible ».  Un an et demi après il semble revenu de ces dispositions, néanmoins, à bon entendeur salut, le mal est fait.

Les investissements directs étrangers (IED), réagissant à l’expropriation de Repsol, et l’attitude qui l’accompagnait, ont chuté de 32% au cours des trois premiers trimestres de 2013 par rapport  à la même période de 2012, selon la Communauté d’Etats latino-américains et Caraïbes (CELAC). Pour l’ensemble de la région la croissance est de 6% au cours de la même période.  Entre 2011 et 2012 le niveau d’IED en Argentine faisait un saut de 27%, dans un contexte, pourtant, de contraction des flux financiers mondiaux. Mais la crise de confiance des investisseurs n’aura pas été la seule conséquence de l’expropriation. Tant qu’YPF était dans les mains de Repsol, le gouvernement argentin pouvait exercer une sorte de chantage en déléguant une partie de sa politique energétique clientéliste dans les mains d’une multinationale, en maintenant la pression sur les prix.  Les prix congelés par ce procédé ont généré une exacerbation de la demande qui met aujourd’hui le gouvernement argentin en situation de devoir importer, creusant ses maigres réserves en dollars.

Au moment de l’expropriation-confiscation, la crise battait son plein en Espagne. Bien que les prévisions se soient finalement avérées apparemment excessivement pessimistes, au regard des estimations de son retour à la croissance; toujours est-il que pour ce pays, principal investisseur en Argentine, l’expropriation, dans un moment si difficile  de son histoire, marque un avant et un après. Comme le signale une source diplomatique, « ça a été un coup de poignard dans le dos. » Antonio Rufau depuis, menaçait tout groupe pétrolier investissant en Argentine de procès devant les instances internationales. Est-ce la menace de Brufau ou est-ce la liste, longue comme le code d’Hammourabi de contentieux argentins devant le CIADI, le fait est que, même les investisseurs le plus aguerris au facteur risque, s’arrêtent aux portes de l’Argentine.

A une exception près, le site de « Vaca  Muerta. » Rompant avec le pacte sectoriel, Chevron a signé pour ce qui serait un futur « production sharing agreement » (PSA) pour ce site de pétrole et gaz non conventionnel situé à l’intersection de trois provinces argentines. Néanmoins avant de pouvoir en voir la couleur, il faut perforer la formation géologique par la technique de fracturation hydraulique, sans certitude sur le résultat. Une phase d’exploration requérant un investissement de pointe, inaccessible au trésor  argentin et Chevron n’a pas l’air de beaucoup se mouiller. Il fait pour l’instant surtout effet de hameçon. Très peu d’opérateurs disposent du savoir-faire et ceux qui en disposent exigent des garanties. De source  gouvernementale, les réserves de Vaca Muerta seraient de 927 millions de barils dont 741 de pétrole. Il n’y a pas à ce jour de rapport technique fiable sur l’amplitude de ces réserves.

Pemex avait fait pression au cours des semaines précédentes au travers du président Enrique Peña Nieto pour que Mariano Rajoy éloigne de la table de négociation Antonio Brufau en faisant courir la rumeur qu’en cas d’échec des négociations il vendrait ses 9,4% de part de Repsol. Finalement. Antonio Brufau s’est vu aujourd’hui ratifié à son poste avec la confiance renouvelée de tout le Conseil de Direction, sauf celle du groupe mexicain. Pemex arrive au bout de ses réserves et escompte tirer de son rôle d’ombudsman un ticket à Vaca Muerta.  De ce faire, il serait la seule alternative latino- américaine depuis que le pétrolier brésilien Petrobras s’est défait de ses derniers actifs en Argentine en Novembre 2012.

L’attitude du gouvernement argentin est un bon point et c’est ce que le Conseil de Direction de Repsol a ratifié. Néanmoins, pour le retour des investisseurs ce n’est pas encore gagné. Privatisation, nationalisation, confiscation, indemnisation, tout cela s’est produit en une décennie pour YPF. Ce qui n’a pas changé ce sont les décideurs. C’est ça le péronisme : un projet politique « tout en un ». Pour la prévisibilité en matière économique, le transformisme politique (à à ne pas confondre avec le pragmatisme) ce n’est ce qui se fait de mieux.



Categorías:Argentina, Français

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