Déclin irréversible du Kirchnerisme

Teresita Dussart(C)
S’il est un message à retenir des résultats d’hier, c’est que le péronisme mute mais ne meurt pas. « Le Frente para la Victoria » (FPV), véhicule politique du couple Nestor-Cristina Kirchner au pouvoir depuis 2003, confirme un déclin probablement irréversible. La province des Kirchner, Santa Cruz, est tombée dans les mains du parti Radical. Plus douloureux, l’ennemi par excellence de Cristina, l’ex Vice-Président Julio Cobos lui rafle la ville de Mendoza. Dans la décisive province de Buenos Aires, le candidat de Cristina, Martin Insaurralde perd face à l’autre péroniste, Sergio Massa. Le FPV passe de majorité, à minorité la plus importante au niveau national. Il n’en reste pas moins que le péronisme non kirchneriste (25,17%) et le kirchnernisme (33,26%) maintiennent une majorité absolue et continueront à imposer leur vision du pays.
Depuis 1955, à chaque fois qu’une des versions du péronisme est un danger, une autre prend le relais. D’extrême droite ou d’extrême gauche, parfois les deux à la fois, le Parti Justicialiste crée par Juan Domingo Peron en 1947 change de monture mais reste en course. Sergio Massa, pourtant un des fils prodiges des Kirchner s’est converti hier en grand vainqueur de la province de Buenos Aires, (le district démographiquement le plus important) avec 43,5% des voix. Celui que la présidente en exercice se gardait bien de vilipender en public, à l’instar de ce qu’elle fait généralement avec la plupart des membres de son cabinet-, membre de la majorité il y a encore quelques semaines-, a tout bonnement fait campagne contre elle.
Massa partage beaucoup de choses avec les Kirchner : le culte de la personne, le clanisme familial, les dogmes du péronisme orthodoxe en matière économique et politique étrangère : autarcie, protectionnisme, théorie de la croissance au travers du soutien de l’inflation. Pour le reste son discours d’hier confirmait la remarquable aptitude de ce parti à s’adapter aux aspirations du moment. En 2003, les argentins demandaient au gouvernement que les tortionnaires de la dictature soient jugés. Les Kirchner se transformèrent subitement en champions des droits de l’homme. Matière dans laquelle, ils n’avaient guère brillé sous la junte militaire. En 2013, les argentins demandent de mettre fin à la grande délinquance urbaine. Massa prônait hier soir, le retour de la « Mano dura » et de l’impunité. Le tout, il est vrai, dans une version nettement moins histrionique que ce à quoi les Kirchner ont habitué les argentins.
Le mouvement de balancier du péronisme a aujourd’hui des opposants moins inhibés que par le passé. « Il faut rompre avec les paradigmes » disait Mauricio Macri, maire de Buenos Aires, et fondateur du Pro (de tendance socio démocrate), groupe majoritaire au sein de la législature de la capitale. Le Pro voit sa représentativité augmentée. « Les argentins sont fatigués que les années passent et ce soient toujours les mêmes. Ça fait vingt ans que ça dure ». Macri a aussi conspué le fléau du népotisme « Les mandats ne peuvent pas continuer à s’hériter entre conjoints et proches parents ». En officialisant sa décision de se présenter aux élections présidentielles, il a par la même occasion défini la ligne éditoriale d’une campagne qui s’annonce comme une bataille culturelle.
Parmi les enseignements d’hier la revendication historique d’un fédéralisme réel refait surface. Santa Fe, est une province riche de soya. Ses habitants participent hautement de la croissance mais ne reçoivent pas de coparticipation nationale. Le gouverneur Antononio Bonfatti et le président du parti socialiste, Hermès Binner, forts de leur victoire, ont d’ores et déjà fait valoir que les règles de péréquation des richesses du territoire fondées sur le clientélisme ne devraient plus avoir cours. A Cordoba un péronisme très particulier, celui du gouverneur Jose Luis de la Sota, l’emporte en la personne du représentant de la chambre basse, Juan Schiavetti. Mais là aussi s’observent des accents de fronde contre la province de Buenos Aires, qu’il sera intéressant d’observer dans les mois qui viennent.



Categorías:Argentina, Latin America, Otro día en Argentina

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