Cristina Fernandez, lorsque l’hyper présidencialisme rencontre l’hyper moi

Buenos Aires, Teresita Dussart (c)

Diagnostiquée hier d’un hématome cérébral, au terme d’une série d’examens dans le centre hospitalier Favaloro de la capitale argentine,  la présidente Cristina Fernandez de Kirchner va devoir s’éloigner de la conduction du pays pendant un mois. Le communiqué très succinct fait état d’un hématome sous-dural chronique (HSDC). Cette forme d’épanchement se produit généralement chez des personnes de plus de 70 ans. Cristina Fernandez vient de souffler ses soixante bougies. Fernandez aurait fait une chute le 12 août dernier, au lendemain des élections internes aux partis, préalable aux législatives(PASO). Un cuisant échec pour le parti de la majorité présidentielle, le “Frente Para la Victoria” (FPV). Ce, malgré une opposition avançant en rang très dispersé. La presidente avait très mal pris cet échec et des scènes de larmes et de confinement familial avaient suivi l’annonce. Pendant les trois jours suivant, la presidente s’était mis aux abonnés absents. On sait maintenant pourquoi, bien que les cirsconstances de la chute restent elles à élucider.

A l’instar de son défunt mari et prédécesseur comme occupant du fauteuil de Rivadavia, la santé de Fernandez n’est pas brillante. Malgré l’embargo informationel, les épisodes de malaises se succédent et les conséquences ont un impact direct sur l’agenda gouvernemental. Le plus comun sont ces malaises vagaux, ou lipothymie attribués à des chutes de tension. Ces évanouissements l’ont obligé à plusieurs reprises à annuler des voyages officiels en dernière minute. En 2011, elle avait dû annuler un voyage officiel au Paraguay en raison d’une “fatigue physique”. Quelques semaines plus tard elle devait rennoncer au sommet du Mercosur, suite à une chute qui l’avait propulsé contre une barre de fer, la blessant à la tête. Ces malaises seraient l’explication, du moins en partie, de ses retards légendaires. La présidente sait aussi jouer de l’effet sympathie que provoque sa vulnérabilité physique. Si elle ne dit pas tout, elle sait aussi en rajouter à l’occasion. En février 2012, elle avait annoncé être atteinte d’un cancer de thyrodoides et prête à livrer un combat sans merci contre cette maladie. Il s’est avéré ensuite qu’elle souffrait de nodules thyroidiens bénins, et qu’un diagnostic aussi dramatique n’avait jamais été validé par son équipe de médecins. L’extirpation des nodules avait alors motivé qu’elle s’éloigne du pouvoir pendant 40 jours. Depuis comme toutes les personnes ayant subis une thyroïdectomie elle est sous levotirox, en sus d’autres médicaments requis par une autre pathologie. La présidente souffre d’un léger trouble de la personnalité. Elle est atteinte de trouble bipolaire ou psychose maniaco-dépressive et doit faire l’objet d’un traitemement sous forme de psychotropes. Ce, à vie.

Depuis l’échec des PASO, la présidente avait repris son bâton de pélerin et redonné plus de vigueur, si tant est que ce soit posible, à ses longues harangues oclocratique sur les sujets emblématiques tel que la “démocratisation de la justice”, et une loi de refondation de la presse. Les deux mesures visant à placer ces institutions dans les mains de “militants”, les seuls selon elle à bénéficier de l’onction démocratique. Elle avait aussi initié un cycle de conversation baptisé “interview” dans le cadre d’un cycle télévisuel intitulé “Desde Otro Lugar”, (d’un autre endroit) ; cycle sensé la présenter sous sa face B. Les quatre éditions à ce jour, n’ont pas rencontré le succés escompté. Le côté jardín de la présidente est pour l’essentiel connu des argentins: discours auto-référentiel, raconté à la première personne en argot, sa vie familiale passée au peigne fin, les confidences intimes en tout genre. En revanche la personne dans son investiture officielle, le discours structuré, les phrases ponctuées, c’est ce qui reste à découvrir du personnage. Son impopularité frappe de plein fouet une psyché très narcissique. Le défunt mari prenait soin de répéter aux membres du cabinet et personnel de la présidence : “ A Cristina il ne faut pas lui porter de problèmes”. A la Maison Rose, siège du gouvernement, la devise a eu cours jusqu’á ce que les nouvelles du monde traversent les murs. Le pays l’adore lui disait-on. C’était avant les PASO.

Deux jours avant l’annonce du diagnostic la présidente venait d’engager un bras de fer avec son plus loyal et patient allié, l’Uruguay, dont le président, Jose Mujica lui a pardonné tous les coups tordus : protecionnisme asymétrique et outrageant entre membres du même bloc régional, mesures visant à dissuader le tourisme d’argentins en Uruguay, sabotaje de l’appel d’offre publique pour le chantier du dragage du Canal Martin Garcia sur le littoral du fleuve Uruguay, et bien d’autres peaux de bananes. Jeudi dernier, cerise sur le gâteau, la présidente annonçait qu’elle engageait une action devant l’instance du Tribunal International de Justice (TPI) de la Haye contre l’Uruguay en représailles à la décision de Mujica d’autoriser une augmentation de production du pôle industriel de fabrication de cellulose, le site UPM. Lequel, selon elle, serait contaminant.  L’Argentine a déjà été débouté par la meme instance il y a trois ans dans les mêmes circonstances et avec les mêmes arguments. L’hyperactivité, le surmenage, l’humeur changeante, les décisions imprévisibles de Cristina Fernandez corroborent une conduite et un discours graduellement et manifestement de plus en plus erratique, lequel préoccupe au plus haut point, jusque dans sa propre majorité. Majorité en voie de se fissurer. Mais son style autoritaire n’admet ni la critique, ni la délégation de pouvoir. Et c’est précisément pour cela, qu’à la conclusion de cet article, l’Argentine se trouvait en situation de vacance de pouvoir.

Le vice-président Amado Boudou n’avait toujours pas été nommé président par intérim en application de l’article 88 de la Constitution argentine. Selon les informations, lesquelles peuvent varier de 180ª à tout moment, le chef de l’état avait l’intention de confiner le successeur dans l’ordre institutionnel à assumer les événements protocolaires tandis qu’elle déléguerait l’essentiel du commandement au cas par cas, en la personne de son homme à tout faire, Carlos Zannini, secrétaire juridique de la présidence , homme de la plus haute confiance et, alternativement, aux membres de son entourage familial le plus immédiat.

Outre l’incapacité à déléguer évoquée, il est en fait qu’Amado Boudou est extrêmement impopulaire. Normalement, la corruption en Argentine ne constitue pas en soi un facteur d’ostracisme. Ce serait même un atout. Boudou ne serait pas arrivé à la deuxième fonction la plus importante du pays, sans la série de faillites frauduleuses dans sa ville natale de Mar del Plata, lesquelles conforment l’essentiel de son c.v. ,outre son activité de disc jokey et ses prétensions de rocker. Dans l’ensemble, d’ailleurs, Boudou est beaucoup moins corrompu que les Kirchner. Il en faut pour preuve que les affaires qui lui sont reprochées sont celles où il agit comme homme de paille du couple présidentiel. Par exemple l’entreprise Ciccone Calcografica, l’affaire la plus retentissante : une imprimerie sous contrat avec l’état, rachetée à vil prix par une clique d’amis du vice-président, en procédant  par extorsion et montage de l’afférent schéma financier off shore. Ce serait en fait une opération pour le compte de Nestor Kirchner. Le problème de Boudou ce n’est pas davantage d’être un des mignons parachutés au sein du cabinet, parmi d’autres jeunes hommes bien fait de leur personne. Sa faiblesse ontologique c’est, de ne pas avoir été adoubé par l’appareil péroniste. Et en Argentine en dehors de l’appareil point de salut.

Le pays fait face à court terme á un risque de défaut de paiement de son service de la dette du fait de l’impossibilité de trouver un accord avec la minorité de créanciers américains qui n’avaient pas accepté de faire partie de la restructuration de la dette par Nestor Kirchner. Les dernières instances juridiques aux États-Unis ont toutes été épuisées. L’inflation galopante de 25%, le risque d’une dévaluation qui ne pourra plus être évitée très longtemps, l’insécurité et toute une série de menaces ne permettent pas une vacance de pouvoir trop longue sauf à faire basculer le pays dans une de ces convulsions à répétition dont l’Argentine ne semble pas capable de s’affranchir.

 Tous droits réservés Teresita Dussart



Categorías:Argentina, Français

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